Avant même de commencer la méditation qui devait me conduire vers la Myrte, je ressentis le besoin impérieux d'allumer une bougie, comme si la plante elle-même m'y invitait avec insistance. Pourtant, Cunningham la dit plutôt liée à l'eau, ce qui m'étonna. Le personnage qui se présenta d'emblée était un vieillard habillé de blanc, barbu et chevelu, précédé d'un bâton imposant. Il avançait, prudent, sortant d'un village aux ruelles rocailleuses, sur un sentier gravissant la montagne aride de roche blanche. Un dragon se présenta alors, à qui le vieillard montra son bâton afin de le tenir en respect. « Je suis là, murmurma ma conscience, dans ce combat perpétuel entre l'homme et la nature ». Je demandai quand et pourquoi ce combat a lieu. «  Quand la nature est en colère », fut la réponse. « Elle se manifeste alors bruyamment ». Et que fait-on pour la calmer, demandai-je encore. «  Ce que l'on fait pour calmer une maîtresse en colère ! On l'épouse ! ».

Je vis encore d'autres choses. Une salle majestueuse, dorée, remplie de fontaines, de bassins, de jeunes filles fôlatrant au pied d'une statue que je ne perçus pas. Etait-ce une divinité courroucée ou au contraire un esprit de la fertilité ? Je n'en sais rien. Quelque chose me dit qu'il s'agissait un peu des deux.

La Myrte était jadis nommé « arbre d'amour ». On faisait appel à ses pouvoirs afin de maintenir l'amour intact lors d'un mariage. On l'associait aussi à la pureté, à l'innocence. On prétend qu'Aphrodite, une fois créée sous ses traits de belle et jeune femme nue, se protégea dans un buisson de Myrte. Il y a donc bien un symbolisme de protection. « Que fait-on pour calmer une maîtresse en colère ? On l'épouse ! ». Epouser la nature, n'est-ce pas particulier comme concept ? A chaque fois que l'homme viole la beauté ineffable trouvée dans la nature, qu'il perturbe le travail d'un elfe, installe sa maison quelque part sans demander la permission, à chaque fois qu'il griffe Aphrodite, au lieu de la chérir et de la protéger, il provoque la colère de cette maîtresse qu'il bafoue et qui l'acceuille pourtant contre son sein avec tellement de bienveillance. Epouser la nature, n'est-ce pas : lui demander son avis ? La nourrir ? La protéger ? Enfanter avec elle ? Cocréer avec elle ? Prendre la terre en épousaille, lui prodiguer de l'amour, lui demeurer fidèle sans la trahir. Quel défi ! Quelle gageure ! Je crois la Myrte présente au coeur de ce néant qui nous sépare parfois de cette Mère qui nous porte. La Myrte observe la colère monter et voit l'homme brandir son bâton, tandis que le dragon crache ses flammes dans la fournaise de sa terreur. Et là, contre toute attente, elle murmure son précieux conseil, inaudible pour bien des humains : « Epouse-la. Epouse donc la Nature. Sois un ami, un mari pour elle. N'en as-tu pas assez de souiller sa beauté ? Cesse-donc de la violer. Considère-la comme ton épouse. »

N'existe-t-il donc pas de conte de fée ou un dragon protège un trésor, ou une femme enfermée ? Et si ces contes étaient une allégorie de cette relation passionnelle entre l'humain et la terre qu'il habite ?