L'huile essentielle du Vétiver est utilisée dans la confection de nombreux parfums, fréquemment masculins. Je trouve, dans cette odeur, une émotion poussiéreuse, ancienne, bourgeoise. Quelque chose qui rappelle certaines eaux de parfum de dame âgée. Cette huile-là ne s'écoule pas avec générosité. Son goutte-à-goutte est lent et âpre. Il laisse des traces épaisses, cristallisées. Cunningham souligne que cette plante entre dans la composition de charmes destinés à attirer l'argent ou à se prémunir contre le vol. Elle augente également, dit-il, le pouvoir de séduction. Raison pour laquelle on la retrouve souvent dans la composition de parfums, j'imagine.

C'est pourtant sous son apparence aisée et riche que son esprit se manifeste à moi, en ce jour de la Saint-Nicolas, en 2014. Je suis dans un train. Je me rends à Bruxelles afin d'y fêter l'anniversaire d'un ami. Je débouche le flacon d'huile essentielle et je me laisse aller. Je vois alors l'entrée d'un de ces parcs à la française. Les grilles s'ouvrent en grand et je pénètre dans une allée assez large. Très vite, je me trouve au-dessus de l'escalier qui conduit au château. Mon attention est attirée vers une statue de marbre blanc, qui semble représenter un personnage connu. L'ange de la Tempérance. La fameuse carte du tarot qui d'un vase semble verser un liquide vers un autre vase. A l'inverse du personnage de l'étoile qui verse l'eau dans une rivière. Les portes du château me resteront fermées. C'est dehors que la châtelaine me reçoit, en haut des marches, couverte de son manteau de fourrure blanche. Non, elle ne m'ouvrira pas davantage les portes de son intimité. J'ai assez vu. Je sais à présent tout ce qu'il faut savoir sur elle.

Le Vétiver attire ainsi mon attention sur un aspect de sa magie. Il n'est pas généreux. Son don est âpre, parcimonieux. Il se mérite. « C'est vrai, je ne donne qu'à ceux qui le méritent », me souffle la châtelaine. Si le Vetiver protège contre le vol, tout cela a un sens. Le vol, c'est acquérir le bien d'autrui sans le mériter. La sagess de la plante peut paraître fort matérialiste. Celui qui est riche l'est parce qu'il a travaillé pour cela. Et qu'il n'a pas dilapidé sa fortune. Je vois le Vetiver marcher aux côtés de celui qui sait fort bien ce qu'il possède. Qui sait comment utiliser son argent à bon escient. Sans largesses excessives. Sans le perdre. S'il le dépense, il investit plutôt que de le laisser s'envoler en fumée. Il n'est pas du côté des pauvres, je le crains. A moins qu'ils ne travaillent d'arrache-pied pour gagner de l'argent, auquel cas, il peut, effectivement s'avérer être une aide fabuleuse. Il n'est pas dans le don, mais dans l'épargne. Il n'aide pas la dépense futile mais bien l'investissement. Il favorise les transferts d'argent, il les protège, il les surveille. Je crois qu'il peut être d'une aide considérable pour ceux qui ont du mal à gérer leur argent. Il peut les conseiller. Il tempèrera celui dont la générosité est excessive. Ne croyez pas néanmoins qu'il soit radin. Cela n'est pas le cas. Au contraire. A l'image de la Tempérance, il sait que tout est question d'équilibre. Il ne s'agit pas de verser son eau dans la rivière mais simplement de la changer de vase. En finances, on appelle cela « investir » !